Anne Gérard

 

Les peintures d'Anne Gérard peuvent être perçues comme des sortes de memento mori modernes, des «Vanités» traitées avec humour et dérision. L’infime, l’intime, le « presque rien » reviennent dans son travail comme un leitmotiv.

 

L'action prend place sur du linge de maison, cartons d'emballage, tables maculées d'une école d'art, moules à tarte, boites d’allumettes, et autres éléments pouvant se substituer aux référents traditionnels de la peinture. Ces supports font «doublement» sens dans la mesure où ils sont détournés de leur fonction première bien que toujours implicite, pour mieux nous ramener au champ de notre propre histoire.

 

Plongés dans l'univers pictural d’Anne Gérard, ses interrogations sur l'art et ses moyens deviennent les nôtres: qu'est-ce que peindre ou dessiner aujourd'hui?, qu'est-ce que le «bien fait»?, l'adresse?, la malhabileté?, qu'est-ce que la «représentation»? À une époque où l'image, le signe, ont une place prépondérante régie par des codes, après Duchamp, Supports-Surfaces, que reste-il comme marge de créativité à un peintre? 

 

Anne Gérard convoque, dans sa pratique, des techniques qui mettent à mal la précision de la représentation, elle malmène l’image de l’image, parfois même jusqu’aux limites du lisible. Il y a comme une nécessité à confronter les gestes préméditées et volontaires de la peinture aux «accidents», aux signes figurant sur les supports récupérés, aux traces incontrôlées, et autres fruits du hasard. On sent toujours dans ses œuvres quelque chose de l’ordre de l’ambivalence, de la contradiction, mais également une forme de violence contenue et de mélancolie.

 

Propos recueillis par Diane Pigeau